Musique à écouter en lisant les textes qui suivent



CONFIDENCE

parfois
j'écris juste pour partager le beau temps

une flotte d’outardes
une mère et ses petits
sur le roulis des rapides

le bouillonnement de vie du soleil
ses clins d’oeil dans l’écume

les chuchotements amoureux du courant


JEUNE MAGICIEN DU HASARD

échappant un instant
à la vigilance des parents
un garçon s’approche de la rivière
couverte du reflet des nuages

voix haute voix basse
la mise en garde des adultes
leurs visages à la fois inquiets et rassurants
et de l’autre côté
la berceuse infinie de l’eau

les mille chuchotements
d’un monde invisible

le garçon promet de ne pas sauter
il veut seulement toucher

au moment où il pose un doigt sur l’eau
un rayon de soleil perce les nuages

la rivière passe de l’ombre à la lumière


ENVOL

le soleil flambe sur l’eau comme un désir
des nuages roulent avec le courant
la vie passe et dure en même temps
adhère à la beauté
sans arrière-pensée

toute l’écume de la planète
envie
rage
extase
et la salive de nos bouches meurtries
se sont donné rendez-vous ici

dans les rapides
prennent forme des oiseaux blancs
aux ailes de cendre


ENCHANTERESSE

les yeux fermés
un chapeau sur ton ventre
tu es là étendue sur des roches brisées
mains derrière la tête
un après-midi de grâce en été
chevelure à la dérive sur les épaules
la rivière fait des vagues
sous la poussée des rapides
les manches courtes de ta robe bleue
aux motifs d’aube et de couchant
ont glissé sous tes aisselles

l’eau gicle dans un fracas de goélands
et vient caresser tes pieds

ta robe déboutonnée
remontée au-dessus des cuisses
pour offrir tes jambes entières au soleil

le vent fait la sieste dans les arbres
les nuages se sont retirés du ciel

comme de ton regard
quand tu tournes vers moi
étendu à tes côtés
un œil rempli de la lumière du jour


LES PLUS BEAUX AIRS

l’été joue pour toi ses plus beaux airs
glisse sur ta peau
une présence parmi les pierres

montre-toi
demande la rivière

les pieds du soleil
dans les remous des nuages
ton corps appartient à la nuit
mais tu survis à la peur

montre-moi
implore la rivière

l’eau emporte quelques cendres
en chantant les plus beaux airs de la vie

le monde prend la teinte du mystère


MYSTÈRE

dans les bruits de l’eau
il me semble entendre
quelqu’un se débattre

personne en vue
un fantôme

soudain
monte une longue note
hors de tout solfège
la vibration d’une cigale

et la rivière poursuit son chant secret
à tous les temps


LA TOMBÉE

une brume légère s’élève des arbres
tombés dans la rivière sans éclaboussure

le gris du ciel s’accouple à la nuit

les oiseaux disparaissent
un à un
leurs chants diminuent
peu à peu

bientôt on n’entend plus que des gouttes de pluie
se détacher des feuilles où elles étaient restées
après les averses de la journée

des gouttes de pluie
mêlées
à la rosée

les collines
avec leurs variations de verdure
s’enfoncent sans bruit
dans la pénombre
comme nos corps
dans l’eau

j’embrasse la rivière
sur ta bouche

1 commentaire:

Chantal DEsRochers a dit...

Jean, je ne sais pourquoi ni comment expliquer ce phénomène, mais lorsque j' entends la beauté de tes compositions je me sens revivre et tout simplement aspirée par cette lumière, celle qui a dû régner sur.le monde à l' origine de toutes choses, au temps où le monde était un paradis terrestre tout empreint de douceur et d' harmonie..un monde où il fait enfin bon vivre, loin de la folie des villes et de leur brouhaha constant..merci..
Amicalement, Chantal